"Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes et vos jeunes gens des visions" (Joel, 2:28)
1. Les tirs effectués le 1er septembre 1939 sur la Westerplatte marquèrent le début du conflit le plus meurtrier de l'histoire, causant la perte de plus de 60 millions de vies humaines. Des efforts de reconciliation qui ont suivi la tragédie est né un projet de paix, de liberté et de progrès qui est devenu l'Union Européenne.
Soixante-dix ans plus tard, les premières Journées sociales catholiques pour l'Europe ont réuni des délégations de 29 pays européens, à Gdansk, en cette ville où le combat mené par des ouvriers et des intellectuels pour rendre au travail sa dimension humaine et sociale a ouvert la voie à la chute du rideau de fer et à la réunification européenne. Ici, à Gdansk, au cours de ce que nous espérons être le premier d'une série de nombreux rassemblements du même type, nous avons réfléchi au sens de la solidarité et à son devenir en Europe. Trouvant notre inspiration dans l'Evangile et dans l'enseignement social de l'Eglise catholique, nous formulons des propositions pour la promotion du bien commun en Europe.
2. Nous croyons que notre génération est mise au défi de renouveler une « stratégie du bien commun » fondée sur le principe : "Rendez vous serviteurs les uns des autres dans l'amour" (Gal 5 ;13). Ce principe suppose que les institutions publiques, dont l'Etat, laissent aux acteurs sociaux des marges d'autonomie pour l'action, qu'elles encouragent les relations sociales et qu'elles permettent ainsi à chacun de se réaliser pleinement. Ceci n'est réalisable que si nos institutions sont inspirées des principes de solidarité et de subsidiarité.
Cette stratégie ne peut fonctionner que dans le cadre d'une démocratie juste, avec l'engagement responsable de chacun. Les comportements égoïstes, l'utilitarisme et le matérialisme doivent laisser la place au partage, ce que la crise économique actuelle a mis en évidence. Le principe de solidarité doit désormais guider nos activités économiques. La dignité inaliénable de la vie humaine de la conception jusqu'à la mort naturelle doit être respectée. Comme doivent être pleinement respectés l'étranger qui frappe à nos portes et les générations à venir.
Nous vivons dans des sociétés qui ont développé de façon excessive une conscience des droits individuels, au point de prétendre que l'individu n'a d'autre responsabilité qu'envers lui-même. Nous voulons souligner que la solidarité est un devoir pour chacun d'entre nous et que ce n'est qu'à cette condition que nous éviterons l'arbitraire dans le domaine des droits individuels.
N'ayons pas peur : la solidarité fonde notre avenir commun. L'unité de l'Europe a été le rêve de quelques-uns. Elle est devenue un espoir pour beaucoup. Aujourd'hui, c'est notre devoir de nous assurer qu'elle continue à servir les objectifs d'une solidarité globale. Et nous devons éviter de sombrer dans l'apathie et dans un nouveau nihilisme. Nous avons besoin de placer notre confiance dans les capacités créatives des hommes pour bâtir une Europe fondée sur ces valeurs.
3. Nous pensons que la solidarité implique un engagement personnel et collectif dans trois directions principales, que nous voulons résumer comme suit :
Solidarité entre les générations:
- promouvoir et protéger le modèle familial fondé sur le mariage d'un homme et d'une femme et créer les conditions permettant aux parents d'élever des enfants et d'harmoniser vie familiale et vie professionnelle ;
- mettre en oeuvre une politique commune européenne sur l'immigration et le droit d'asile, reconnaissant la dignité humaine des migrants et, en conséquence, les droits et les devoirs qui sont la base de leur intégration ;
- réorienter nos modes de vie personnels et la croissance économique afin de réduire notre empreinte écologique et, de façon générale, la consommation des ressources naturelles non renouvelables, afin de léguer aux générations futures une planète habitable.
Solidarité au sein de l'Europe :
- mettre l'économie au service de tous, reconnaissant la valeur du travail humain sous toutes ses formes, rémunéré ou bénévole, caritatif ou non; adapter l'économie sociale de marché que nous connaissons en Europe aux nouveaux défis ;
- protéger les plus vulnérables d'entre nous, améliorer la justice sociale et l'égalité des chances pour tous dans nos sociétés, en prenant des mesures plus efficaces pour réduire la pauvreté et l'exclusion;
- promouvoir une politique de régulation du système financier au niveau communautaire et contribuer à la mise en place de structures performantes de gouvernance internationale dans ce domaine.
Solidarité entre l'Europe et le Monde:
- tenir les promesses faites aux pays en voie de développement et promouvoir le co-développement avec les pays les plus pauvres et plus particulièrement ceux du continent africain;
- poursuivre le développement des pratiques de commerce équitable, autant au niveau national qu'au niveau européen.
- promouvoir la paix et la justice, fondée sur le respect de la dignité humaine, le respect des droits de l'homme et notamment la liberté religieuse.
Pour atteindre pleinement ces objectifs, les budgets publics, au niveau national comme au niveau communautaire, devront être fixés en conséquence.
Nous appelons tous les citoyens européens qui partagent ces propositions à s'impliquer personnellement dans leur réalisation et à prendre des responsabilités politiques aux niveaux appropriés.
4. L'appel à promouvoir le développement intégral des personnes et des peuples fait partie de notre vocation propre. Chrétiens, nous sommes ouverts à la transcendance. Nous sommes appelés à accueillir le don de la fraternité et la confiance en la providence de Dieu, en nous offrant comme instruments de cette providence, même si cela demande des sacrifices personnels.
L'Europe a besoin d'hommes et de femmes éduqués dans la Foi, prêts à tendre leurs bras vers leur prochain au nom de Jésus Christ, et engagés à construire ensemble des relations et des institutions de solidarité, au service des hommes d'aujourd'hui, dans le souci des générations à venir. Nous voulons poursuivre le dialogue et le travail en commun avec les hommes et les femmes d'autres convictions en vue du bien commun.